Paradoxalement, à l’ère des NTIC et des réseaux globaux, le problème de l’accès universel à
l’information scientifique se pose avec de plus en plus d’acuité. Dans ce cadre, l’avenir de la
science suscite des inquiétudes. Pas pour des raisons techniques, mais pour des raisons socio-
économiques. Au grand dam de la communauté scientifique, qui est cependant responsable
de cette évolution. Comment en est-on arrivé là ?
Inventer, découvrir en science, c’est créer de l’information. C’est également se nourrir
d’information. La science est information de part en part (G. Varet). Ce flux d’information a
pris longtemps la forme d’échanges épistolaires pour se muer, à la fin du XVIIe siècle, en
« journaux » scientifiques issus de « sociétés » scientifiques (Journal des Scavans de la
Société royale à Paris, Philosophical transactions de la Royal Society à Londres). De
quelques dizaines à la fin du XVIIe siècle, le nombre de journaux scientifiques est passé
actuellement à quelque 100.000 (estimation). Destinés initialement à diffuser l’information
scientifique entre savants et au public cultivé, ces journaux ont rapidement constitué une
vitrine valorisant les chercheurs et leur apportant la crédibilité issue du soutien d’institutions
officielles et prestigieuses.
La publication scientifique : problèmes et perspectives
La communication scientifique actuelle garde ces rôles fondamentaux :
• L’enregistrement : établir la priorité intellectuelle d’une idée, d’une découverte.
• La certification : attester la qualité de la recherche et la validité de ses résultats.
• La diffusion : assurer la dissémination et l’accessibilité de la recherche et de ses
résultats.
• L’archivage : pérenniser l’information et son accès.
• L'évaluation et la promotion des chercheurs. Ce rôle n’est pas du même ordre que les
précédents, mais il s’est greffé sur la communication scientifique au point d'en
paraître souvent indissociable.
La confection de ces journaux s’est rapidement révélée un travail considérable, d’où
l’intervention d’imprimeurs et d’éditeurs, avec tout l’aspect économique et donc commercial
que cela entraîne.
intriquées et s’entraînant mutuellement.
La « catastrophe » économique
La publication scientifique : problèmes et perspectives
l’information scientifique se pose avec de plus en plus d’acuité. Dans ce cadre, l’avenir de la
science suscite des inquiétudes. Pas pour des raisons techniques, mais pour des raisons socio-
économiques. Au grand dam de la communauté scientifique, qui est cependant responsable
de cette évolution. Comment en est-on arrivé là ?
Inventer, découvrir en science, c’est créer de l’information. C’est également se nourrir
d’information. La science est information de part en part (G. Varet). Ce flux d’information a
pris longtemps la forme d’échanges épistolaires pour se muer, à la fin du XVIIe siècle, en
« journaux » scientifiques issus de « sociétés » scientifiques (Journal des Scavans de la
Société royale à Paris, Philosophical transactions de la Royal Society à Londres). De
quelques dizaines à la fin du XVIIe siècle, le nombre de journaux scientifiques est passé
actuellement à quelque 100.000 (estimation). Destinés initialement à diffuser l’information
scientifique entre savants et au public cultivé, ces journaux ont rapidement constitué une
vitrine valorisant les chercheurs et leur apportant la crédibilité issue du soutien d’institutions
officielles et prestigieuses.
La publication scientifique : problèmes et perspectives
La communication scientifique actuelle garde ces rôles fondamentaux :
• L’enregistrement : établir la priorité intellectuelle d’une idée, d’une découverte.
• La certification : attester la qualité de la recherche et la validité de ses résultats.
• La diffusion : assurer la dissémination et l’accessibilité de la recherche et de ses
résultats.
• L’archivage : pérenniser l’information et son accès.
• L'évaluation et la promotion des chercheurs. Ce rôle n’est pas du même ordre que les
précédents, mais il s’est greffé sur la communication scientifique au point d'en
paraître souvent indissociable.
La confection de ces journaux s’est rapidement révélée un travail considérable, d’où
l’intervention d’imprimeurs et d’éditeurs, avec tout l’aspect économique et donc commercial
que cela entraîne.
Par ailleurs, le nombre des journaux scientifiques a augmenté de manière telle que les
bibliothèques se sont trouvées devant de gros problèmes à résoudre : que faut-il acheter, que
faut-il conserver, comment cataloguer, comment organiser l’accès, etc. ? C’est dans ce
contexte que la bibliométrie scientifique est née.Sur ces bases, pourquoi ne pas rêver de créer
une encyclopédie permanente et universelle du savoir ? En 1963, paraît le « Science Citation
Index » d’Eugene Garfield. L’idée de base est simple : pour construire cette encyclopédie, il
faut se limiter à l’essentiel. Pour définir celui-ci, on tiendra compte de l’importance accordée
aux publications, telle qu'elle est attestée par le nombre de citations de ces publications par la
communauté des chercheurs eux-mêmes, dans leurs propres travaux. Le SCI reprend quelque
3750 revues. Des outils semblables ont vu le jour ultérieurement pour les sciences sociales
(SSCI) et humaines (Arts and Humanities Citation Index) sans cependant atteindre le même
impact.
Cette idée, apparemment géniale, va déclencher deux types de « catastrophes », paradoxales,bibliothèques se sont trouvées devant de gros problèmes à résoudre : que faut-il acheter, que
faut-il conserver, comment cataloguer, comment organiser l’accès, etc. ? C’est dans ce
contexte que la bibliométrie scientifique est née.Sur ces bases, pourquoi ne pas rêver de créer
une encyclopédie permanente et universelle du savoir ? En 1963, paraît le « Science Citation
Index » d’Eugene Garfield. L’idée de base est simple : pour construire cette encyclopédie, il
faut se limiter à l’essentiel. Pour définir celui-ci, on tiendra compte de l’importance accordée
aux publications, telle qu'elle est attestée par le nombre de citations de ces publications par la
communauté des chercheurs eux-mêmes, dans leurs propres travaux. Le SCI reprend quelque
3750 revues. Des outils semblables ont vu le jour ultérieurement pour les sciences sociales
(SSCI) et humaines (Arts and Humanities Citation Index) sans cependant atteindre le même
impact.
intriquées et s’entraînant mutuellement.
La « catastrophe » économique
Du côté des bibliothèques, la rationalisation des achats, face à la diminution constante des
moyens, s’inspire de cette bibliométrie : on achète « utile » c’est-à-dire les revues les plus
citées, et tout le monde fait de même. Une série de journaux deviennent donc
« indispensables » (les « core journals »). Les éditeurs s’en aperçoivent, ils se les approprient
s’ils en ont les moyens, et font monter les prix, sans raison autre que les lois du marché. Les
bénéfices de ces éditeurs montent en flèche dans le secteur des revues savantes.
Ainsi l’augmentation moyenne du prix des périodiques STM entre 1970 et 1995 était de
471 %, en tenant compte de l’indexation !
Des études montrent également que ces augmentations étaient plus prononcées auprès des
éditeurs commerciaux qu’auprès des publications des sociétés savantes, bien qu’ici aussi de
grandes différences existent de société à société.
moyens, s’inspire de cette bibliométrie : on achète « utile » c’est-à-dire les revues les plus
citées, et tout le monde fait de même. Une série de journaux deviennent donc
« indispensables » (les « core journals »). Les éditeurs s’en aperçoivent, ils se les approprient
s’ils en ont les moyens, et font monter les prix, sans raison autre que les lois du marché. Les
bénéfices de ces éditeurs montent en flèche dans le secteur des revues savantes.
Ainsi l’augmentation moyenne du prix des périodiques STM entre 1970 et 1995 était de
471 %, en tenant compte de l’indexation !
Des études montrent également que ces augmentations étaient plus prononcées auprès des
éditeurs commerciaux qu’auprès des publications des sociétés savantes, bien qu’ici aussi de
grandes différences existent de société à société.
La publication scientifique : problèmes et perspectives
Les conséquences de ces augmentations furent des suppressions massives d’abonnements
avec des effets parfois désastreux, la diminution d’acquisitions de monographies, la
frustration des usagers qui n’ont plus accès à toute l’information dont ils ont besoin, un
mauvais service rendu aux auteurs (dont les travaux sont insuffisamment diffusés), des
difficultés de financement de ces acquisitions, etc. De leur côté, les éditeurs renforçaient leurs
positions par une politique de fusions, regroupant de plus en plus de petits éditeurs dans les
mains de quelques grands trusts. Récemment une autre évolution dangereuse se dessine : les
fusions ne se passent plus uniquement de façon horizontale mais aussi verticale, intégrant
d’autres fournisseurs de service (agences bibliographiques, agences de souscription, …).
En résumé:
avec des effets parfois désastreux, la diminution d’acquisitions de monographies, la
frustration des usagers qui n’ont plus accès à toute l’information dont ils ont besoin, un
mauvais service rendu aux auteurs (dont les travaux sont insuffisamment diffusés), des
difficultés de financement de ces acquisitions, etc. De leur côté, les éditeurs renforçaient leurs
positions par une politique de fusions, regroupant de plus en plus de petits éditeurs dans les
mains de quelques grands trusts. Récemment une autre évolution dangereuse se dessine : les
fusions ne se passent plus uniquement de façon horizontale mais aussi verticale, intégrant
d’autres fournisseurs de service (agences bibliographiques, agences de souscription, …).
En résumé:
Les recherches fondamentales sont principalement financées par les pouvoirs publics. Les
résultats de ces recherches sont exposés dans des articles scientifiques rédigés par les
chercheurs « gratuitement », dans le cadre de leur contrat de travail. De plus en plus
souvent, les chercheurs cèdent tous leurs droits d’auteur et doivent payer une partie des frais
de publication. Ils évaluent le travail de leurs confrères, au profit de l’éditeur, sans être
rémunérés. Et leur institut, leur bibliothèque, rachète finalement à prix d’or des copies des
exposés de ces résultats de recherche. Les éditeurs commerciaux de revues scientifiques
taxent donc les fonds publics de recherche. Et ce n’est pas tout, ils en détiennent tous les
droits de reproduction et de diffusion, et, avec l’avènement de la copie électronique,
pourraient devenir les gardiens exclusifs de l’archivage : le savoir de l’humanité, financé par
tous, est confisqué par quelques entreprises privées, à but lucratif ! Et tant pis pour les
exclus !
résultats de ces recherches sont exposés dans des articles scientifiques rédigés par les
chercheurs « gratuitement », dans le cadre de leur contrat de travail. De plus en plus
souvent, les chercheurs cèdent tous leurs droits d’auteur et doivent payer une partie des frais
de publication. Ils évaluent le travail de leurs confrères, au profit de l’éditeur, sans être
rémunérés. Et leur institut, leur bibliothèque, rachète finalement à prix d’or des copies des
exposés de ces résultats de recherche. Les éditeurs commerciaux de revues scientifiques
taxent donc les fonds publics de recherche. Et ce n’est pas tout, ils en détiennent tous les
droits de reproduction et de diffusion, et, avec l’avènement de la copie électronique,
pourraient devenir les gardiens exclusifs de l’archivage : le savoir de l’humanité, financé par
tous, est confisqué par quelques entreprises privées, à but lucratif ! Et tant pis pour les
exclus !

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