mercredi 9 avril 2008

Où va l’innovation ?

Jonathan Huebner publie dans Technological Forecasting and social change un article à la thèse paradoxale. Selon cet auteur, physicien pour le Pentagone, notre époque vivrait une phase de déclin en termes d’innovation. Malgré les développements des ordinateurs, des nanotechnologies ou de la génétique, l’auteur affirme que le pic en matière d’innovations se situerait entre 1873 et 1915. Depuis, l’innovation décroîtrait.

Pour aboutir à ce résultat contre intuitif, l’auteur s’est appuyé sur un ouvrage paru en 2004, The History of Science and Technology, qui recense 7200 innovations fondamentales. Il a ensuite pondéré le nombre d’innovations par la population et a trouvé ce résultat : les innovations connaissent un pic en 1873, puis déclinent depuis (malgré l’impression d’une croissance exponentielle).

Dans un deuxième temps, il a examiné les brevets déposés entre 1790 et aujourd’hui. Le nombre de brevets par habitant atteint un pic en 1915. Entre ces deux pics, entre 1873 et 1915, vivait par exemple Thomas Edison (1000 brevets déposés).

Le taux aujourd’hui est de sept innovations importantes par million d’habitants par an, comme en 1600. En 2024, le taux sera le même qu’au Moyen-Âge, ce qui ne veut bien sûr pas dire qu’il n’y aura plus d’innovations (il y a beaucoup plus d’habitants qu’au Moyen-Âge). Mais selon Huebner, 85% des technologies économiquement faisables sont déjà réalisées.

Le pessimisme de Huebner va à l’encontre des théories telles que celle de Moore, qui affirme que la densité des puces double tous les dix-huit mois et considère l’innovation selon un modèle plus exponentiel. D’une manière générale, ses résultats sont assez contestés : Ray Kurzweil, expert en intelligence artificielle, critique le choix arbitraire, selon lui, de 7000 innovations.

Pour Eric Drexler, l’un des pionniers des nanotechnologies, une autre méthode consisterait à analyser diverses capacités – vitesse du transport, puissance des bandes passantes, coût de la computation, etc… On s’apercevrait alors que la science n’avance pas uniformément.

John Smart, membre d’un think tank américain, accepte certains résultats de Huebner : toutefois, selon lui, si l’innovation semble ralentir alors qu’elle accélère, c’est parce qu’elle devient moins humaine. Les progrès se font sous forme de processus de calculs abstraits, moins palpables. Néanmoins, Huebner rétorque que si une innovation n’est pas racontable par ceux qui racontent l’histoire technologique, c’est qu’elle n’est pas fondamentale.

Enfin, selon Modis, un physicien et futurologue suisse, le pic a lieu aujourd’hui. Comme les innovations ne peuvent avoir lieu de façon exponentielle et permanente, elles doivent forcément baisser à un moment… moment auquel nous sommes arrivés. Ainsi, le sens de l’innovation fait controverse, et le débat n’est pas tranché entre ceux qui voient un déclin brutal, ceux qui perçoivent un ralentissement lent et long et ceux qui s’attendent à une croissance encore exponentielle de l’innovation.



Source : www.newscientist.com