Résumé
L’un des objectifs de l’Assemblée Mondiale de Citoyens était d’élaborer un "agenda pour le21ème siècle" c’est-à-dire d’identifier des perspectives communes à tous les participantsL’Assemblée a commencé par des ateliers "collégiaux" réunissant des participants appartenant àun même milieu social ou professionnel. Chaque atelier a énoncé son propre agenda présentésous forme de "carte collégiale" de propositions. Le rapprochement de ces cartes a permis d’identifier 17 thèmes communs. Chacun d’eux a fait l’objet d’un atelier thématique.L’exploitation de ces matériaux et leur comparaison avec les autres travaux de l’Alliance pour unMonde responsable, pluriel et solidaire permet de dégager aujourd’hui un agenda commun,d’identifier un ensemble de changements majeurs, interdépendants, qui devront être entrepris aucours du 21ème siècle. Ils traduisent la manière dont nos formidables moyens de connaissance etde production devront être orientés. L’élaboration d’un socle éthique commun, la mise en placede nouvelles formes de gouvernance depuis le niveau local jusqu’au niveau mondial etl’émergence d’une communauté mondiale à travers la structuration progressive de la société civilesont les éléments majeurs de cet agenda.
Résumé de l’Agenda pour le 21ème siècle Un agenda, c’est l’énoncé des "choses à faire". L’Agenda pour le 21ème siècle identifie leschangements majeurs à conduire, du niveau local au niveau mondial, au cours desprochaines décennies.A l’issue de l’Assemblée Mondiale de Citoyens, on peut considérer que cet Agenda existe, aumoins à l’état d’esquisse. Trois constats permettent de l’affirmer : les préoccupations expriméespar les différents milieux sociaux et professionnels sont voisines ; les propositions issues desdifférents ateliers thématiques se rejoignent; les conclusions de l’Assemblée et la synthèse descahiers de propositions de l’Alliance convergent.Lorsque s’assemblent de tous les horizons géographiques, culturels, sociaux et professionnels desfemmes et des hommes soucieux de l’avenir et conscients de leur responsabilité, le dialogue entreeux est possible et fécond. L’Agenda pour le 21ème siècle issu de l’Assemblée Mondiale deCitoyens a été construit de manière démocratique et transparente, par une démarcheascendante, partie de la diversité des points de vue issus des différents milieux sociaux etprofessionnels et des différentes régions du monde pour dégager par étapes les priorités et lesstratégies communes.
Deux priorités se dégagent avec force : l’éthique et la gouvernance. Comment s’en étonner ? Les sociétés de la planète sont interdépendantes entre elles et avec le reste du monde vivant. Lamondialisation est irréversible. Mais l’évolution accélérée des sciences, des techniques et del’économie, les nouveaux rapports de domination qui en découlent, l’emprise excessive desrapports marchands, l’incompatibilité des modèles actuels de développement et deconsommation avec les grands équilibres de la planète, tous ces changements rapides ontbousculé les systèmes de pensée et les modalités d’organisation des sociétés qui s’étaient forgés aucours de l’histoire. Ils ont entraîné la ruine des repères intellectuels, moraux et politiquestraditionnels, ont affaibli les solidarités construites au fil des siècles. Les valeurs, les systèmes depensée et les régulations sociales et politiques n’ont pas suivi au même rythme. Il est temps au21ème siècle de réduire ce décalage, de réaffirmer la primauté des fins sur les moyens.
C’est le principal message de l’Agenda. Il peut donc se résumer en une phrase : construire un socle éthique, des modèles de production et de vie, des régulations sociales et politiquescorrespondant à ce nouvel état du monde.L’Agenda ne se laisse pas découper en parties distinctes. Chaque question qu’il traite renvoie àtoutes les autres. Nous l’avons vérifié à l’Assemblée : chaque fois qu’on prétend approfondir unthème particulier on déborde sur les autres. C’est une difficulté quand il faut en exposersimplement le contenu. Mais c’est aussi une force. Les changements individuels sontindissociables des changements collectifs. L’organisation locale des sociétés ne peut se penserhors de leur insertion dans la société mondiale. L’Agenda du 21ème siècle, c’est l’émergenceprogressive, tâtonnante, d’un autre modèle , irréductible à ceux, libéral ou communiste,qui ont marqué le monde moderne. Il ne s’agira pas d’un changement de siècle mais d’unchangement d’ère. La plate-forme pour un Monde Responsable, Pluriel et Solidaire de 1993 enavait l’intuition. Les travaux de l’Assemblée Mondiale de Citoyens en apportent la démonstration.Le nouveau modèle est fondé sur la relation. Sur une planète petite, peuplée et fragile, lesinteractions entre les personnes, entre les sociétés, avec l’environnement sont constantes,nombreuses, intenses et s’établissent à toutes les échelles. Nous avions appris à juxtaposer, àdécouper, à séparer : les connaissances, les territoires, les niveaux de gouvernance, les questions ;l’économique et le social, l’individuel et le collectif, le scientifique et le culturel, le local et leglobal, les femmes et les hommes, le commerce et l’environnement, le public et le privé. Nous pensions que cet effort de séparation, de distinction, était le signe de l’intelligence et la conditionde l’efficacité. Il va falloir maintenant apprendre à relier.
Les valeurs qui s’imposent, sont celles de la relation et de la coopération, celles de la paix, de la modération et du partageplutôt que celles de la guerre, de l’exploit et de l’accumulation. Ces nouvelles priorités seretrouvent dans tous les domaines, l’éducation, la production, les échanges économiques etculturels, la gouvernance. L’interdépendance des parties de l’Agenda en est le reflet. Cetentrelacement permanent est le reflet du caractère systémique des changements à venir.
Comment faire du neuf avec du vieux ? Comment accoucher du 21ème siècle avec des systèmesde pensée dépassés, des vérités et des situations tenues pour acquises, des institutions forgées àune autre époque et pour une autre situation ? Cette question éternelle prend dans l’Agenda uneacuité particulière. S’il s’agit de changer le système d’éducation, qui éduquera les futurséducateurs ? Comment concevoir le futur modèle et comment organiser le passage du modèleactuel au modèle futur ? Par où commencer si tout se tient ? A ces questions apparemmentinsolubles, l’Assemblée apporte des réponses encourageantes, pragmatiques et parfoisdérangeantes.Des réponses encourageantes et pragmatiques parce que partout et dans tous les domaines desgermes de ce changement existent, même s’ils ne sont que partiels et locaux. La valeur ajoutée del’Assemblée est simplement de les relier, de les agencer, d’en faire apparaître la cohérenceprofonde. C’est cette mise en réseau – encore une fois la relation, encore une fois le rapport dulocal au global - , qui permet à chaque personne, chaque expérience de sortir de la marginalité, dese découvrir partie prenante d’une aventure collective. D’où aussi l’importance, maintes foissoulignée dans l’Agenda, de construire des réseaux internationaux.
Des réponses parfois dérangeantes parce qu’elles ne mettent pas en scène les affrontementsclassiques : droite contre gauche, Nord contre Sud, classe sociale contre classe sociale. Lesmutations, sans ignorer les conflits d’intérêt, résultent tout autant de changements de regards quede nouveaux rapports de force.L’Agenda émerge des contributions des uns et des autres. C’est l’œuvre de tous. Le changementse conçoit en marchant. Il associe la pensée et l’action. L’Agenda tire sa légitimitédémocratique de la convergence et de la cohérence des préoccupations et expériences venues detous les horizons. C’est un modèle ouvert, bricolé, évolutif, non un nouveau dogme.L’éthique est le premier domaine de convergence, le socle de l’Agenda. Tous les ateliers"collégiaux" de l’Assemblée sans exception en ont parlé ainsi que la plupart des ateliersthématiques. Quatre valeurs, liées entre elles, sont plébiscitées : la responsabilité – à l’égard desautres, à l’égard de la planète - ; la capacité à prendre en compte à la fois l’unité et la diversité dumonde ; la tolérance et le respect - c’est à dire la manière d’accepter l’autre dans son égalité etsa différence - ; la solidarité. Tout le reste en découle. La citoyenneté, par exemple, , autrethème très présent dans les propositions, est conçue comme un équilibre de droits et de devoirs,comme le résultat d’un comportement responsable.Ces valeurs n’ont de réalité qu’à travers des pratiques : la responsabilité n’existe que par descomportements responsables, la tolérance par des comportements tolérants, etc. C’est pourquoila diffusion de ce socle éthique ne peut être le fruit d’un discours moral mais doit résulterd’apprentissages sociaux. L’éducation à la citoyenneté, par exemple, ne peut se faire que parl’exemple, à travers la pratique de la citoyenneté dans les systèmes éducatifs. La démocratie n’estpas seulement, n’est pas avant tout un système politique. C’est d’abord un espace d’apprentissagede la responsabilité et du partenariat. C’est le comportement responsable qui fonde en dernier ressort la légitimité de l’exercice du pouvoir économique et politique, même si la légalité de cepouvoir vient du vote des actionnaires ou des électeurs.Le socle éthique fait le pont entre les comportements individuels et les normes sociales.
Le monde ne peut fonctionner que si désir individuel, prestige social et obligations juridiques etinstitutionnelles se renforcent mutuellement. Les stratégies de changement combinent larecherche individuelle de sens et la création de nouvelles normes sociales ; l’une ne va pas sansl’autre.L’image de socle éthique est à prendre au pied de la lettre : ce sur quoi se fonde tout le reste. Lacombinaison des valeurs entre elles forme la palette des conduites comme la palette infinie descouleurs se forme à partir d’un petit nombre de couleurs de base. Ce n’est pas une listejuxtaposée de préceptes moraux mais une vision du monde.La gestion de la biosphère et des ressources naturelles est un bon exemple de cette combinaisonet de cette vision. Elle est gouvernée par les deux principes de responsabilité et de solidarité : la responsabilité conduit à la protection et impose l’attention aux interrelations au sein desécosystèmes et avec les activités humaines ; la solidarité conduit au partage équitable de tout cequi n’existe pas en quantité infinie.L’éducation répond aux mêmes exigences. Elle appelle une réforme de contenu, pour deveniréducation à l’être, aux relations, à la complexité. Elle appelle aussi, au nom de l’équité, à unnouveau partage des savoirs. Ainsi se dessinent les deux faces indissociables du bienpublic : le fruit d’une responsabilité partagée ; ce à quoi chacun accède de façonéquitable. Protection de l’environnement et justice sociale doivent être les deux faces d’unemême monnaie.Responsabilité et solidarité créent les conditions du partenariat et du contrat. Lagouvernance, le droit, les régulations politiques, l’organisation des services publics constituent lecadre de la mise en œuvre des responsabilités de tous plutôt que l’assujettissement de chacun àdes normes au nom de l’intérêt public. D’où l’importance accordée au développement dedémarches citoyennes – exprimant la conscience individuelle et collective de la responsabilité – etaux moyens d’évaluer publiquement l’exercice réel des responsabilités. Les principes departenariat et de contrat social deviennent des références centrales. Les pouvoirs publics ont pourpremière responsabilité d’organiser ce partenariat et de s’y engager. Chaque milieuprofessionnel tire du contrat qui le lie au reste de la société la justification ultime de saliberté et de ses privilèges. Les systèmes publics d’information citoyenne jouent pour le respectdu contrat un rôle aussi important que la justice.La prise en compte des relations et la double exigence d’unité et diversité sont au cœurde la construction de la société mondiale à venir. Cela se vérifie dans tous les domaines.Qui dit relation dit en effet horizontalité, transversalité, enracinement, territoire, recherche decohérences. D’où l’insistance constante, dans l’Agenda, sur la place du local : dans l’éducation, lascience, les médias, l’organisation économique et sociale, la gestion des échanges, la préservationdes écosystèmes, la gouvernance. Au lieu de juxtaposer des lois universelles de la physique et del’économie ou des filières verticales de production et de distribution, il faut en organiser les liensdans un contexte et sur un territoire.Cohérence locale ne veut pas dire isolement, ne veut pas dire autarcie. Ce n’est pas un retour enarrière. C’est, au contraire, une marche en avant vers un nouveau degré d’intégration desconnaissances et des activités, vers une capacité nouvelle à associer diversité et unité, autonomieet solidarité.
Car les différents territoires, les différents contextes locaux sont interdépendants jusqu’au niveau mondial.Il n’y a plus d’un côté les problèmes locaux et del’autre les problèmes mondiaux. Tout est local, tout est mondial.Un concept commun, presqu’un mot d’ordre, guide la recherche de formes nouvelles de culture,d’organisation sociale, d’économie et de gouvernance. C’est le concept de "subsidiaritéactive". "Subsidiarité" parce que priorité est donnée aux approches locales ;"subsidiarité active" parce que cette priorité s’exerce à tout moment dans le respect desinterdépendances.Né dans le champ de la gouvernance pour décrire une nouvelle philosophie politique, ce concepts’applique également à l’économie et à la société pour inventer de nouvelles formes de relationsentre diversité et unité, entre local et mondial. Il s’agit, dans tous les domaines, d’utiliser toutes lesressources de l’intelligence et de la technique pour inventer de meilleures manières d’obtenirsimultanément plus d’unité et plus de diversité ; d’associer ces deux termes au lieu de les opposer.La structuration de la société mondiale en réseau est une des dimensions majeures dunouveau lien entre local et mondial, un des symboles de la relation renouvelée entre unité -l’organisation mondiale du réseau – et la diversité – l’autonomie et l’environnement local de sesmembres. Chaque atelier collégial et la plupart des ateliers thématiques ont fait de cette mise enréseau des expériences, des personnes, des ressources et des institutions une priorité. Pourtransformer les expériences de chacun en connaissance partagée. Pour sortir de la marginalité etde l’impuissance. Pour entrer en partenariat au sein d’un milieu, entre milieux, avec les pouvoirspublics. Pour définir un nouveau partage des rôles dans la production et la gestion des bienspublics. Partenariat et partage des rôles ne retirent rien aux responsabilités politiques. Ils enproposent simplement un autre usage.
Face au mouvement de marchandisation et de privatisation et sur une scène internationale encore dominée par les relations entre Etats, il est fondamental et urgent d’organiser un espace publicmondial. Seule une organisation en réseau, facilitée par Internet, permet d’en faire naître lesacteurs. Il n’y aura pas d’organisation politique mondiale sans qu’une communautémondiale ne s’institue au préalable. Aventure inouïe où l’organisation de la société précède etpréfigure celle de ses institutions politiques. Les dynamiques instituantes sont essentielles.La construction de la communauté politique, en particulier à l’échelle mondiale, demeure lagrande aventure du 21ème siècle. La plupart des propositions émises à l’Assemblée Mondialedans le cadre de l’Alliance sont, en dernier ressort, relatives à la gouvernance, du local aumondial. Les liens entre les niveaux de gouvernance sont si forts que chaque fois qu’un atelier del’Assemblée Mondiale a cherché à traiter un des niveaux, quel qu’il soit, territoire locale, Etat ougouvernance mondiale, il a été amené à évoquer simultanément les autres niveaux. L’approchelocale est un moyen privilégié d’accès à l’universel. La réforme de l’ Etat passe par uneredéfinition des relations entre les Etats et les territoires locaux d’un côté, les régions du mondeet la planète de l’autre. Enfin, une gouvernance mondiale ne peut se concevoir sans relier lesapproches locales des problèmes et sans dépasser la conception actuelle de la souveraineté desEtats. En outre, les débats de l’Assemblée Mondiale permettent de vérifier que les questionssoulevées à propos de la gouvernance sont les mêmes à toutes les échelles. Ces questions peuventse regrouper en quatre grands chapitres : • créer des conditions d’une gouvernance légitime, démocratique et efficace ; • permettre la structuration internationale des acteurs sociaux et organiser les partenariatentre eux ; • protéger des droits et des intérêts des groupes sociaux ou des pays les plus faibles;
• échapper à la domination exclusive des rapports marchands et créer des régulations quiprennent en charge les défis de la société du 21ème siècle, en particulier la gestionsimultanée des problèmes sociaux et des problèmes environnementaux.Ces quatre dimensions regroupent chacune un ensemble de principes qui constituent le cahierdes charges de la gouvernance de demain.L’art de relier entre eux, les acteurs et les problèmes est la condition première del’efficacité des futurs systèmes de gouvernance. De nouvelles formes de coordination entreautorités locales, nationales et internationales (relier les niveaux), de nouvelles méthodes de coproduction.
Résumé de l’Agenda pour le 21ème siècle Un agenda, c’est l’énoncé des "choses à faire". L’Agenda pour le 21ème siècle identifie leschangements majeurs à conduire, du niveau local au niveau mondial, au cours desprochaines décennies.A l’issue de l’Assemblée Mondiale de Citoyens, on peut considérer que cet Agenda existe, aumoins à l’état d’esquisse. Trois constats permettent de l’affirmer : les préoccupations expriméespar les différents milieux sociaux et professionnels sont voisines ; les propositions issues desdifférents ateliers thématiques se rejoignent; les conclusions de l’Assemblée et la synthèse descahiers de propositions de l’Alliance convergent.Lorsque s’assemblent de tous les horizons géographiques, culturels, sociaux et professionnels desfemmes et des hommes soucieux de l’avenir et conscients de leur responsabilité, le dialogue entreeux est possible et fécond. L’Agenda pour le 21ème siècle issu de l’Assemblée Mondiale deCitoyens a été construit de manière démocratique et transparente, par une démarcheascendante, partie de la diversité des points de vue issus des différents milieux sociaux etprofessionnels et des différentes régions du monde pour dégager par étapes les priorités et lesstratégies communes.
Deux priorités se dégagent avec force : l’éthique et la gouvernance. Comment s’en étonner ? Les sociétés de la planète sont interdépendantes entre elles et avec le reste du monde vivant. Lamondialisation est irréversible. Mais l’évolution accélérée des sciences, des techniques et del’économie, les nouveaux rapports de domination qui en découlent, l’emprise excessive desrapports marchands, l’incompatibilité des modèles actuels de développement et deconsommation avec les grands équilibres de la planète, tous ces changements rapides ontbousculé les systèmes de pensée et les modalités d’organisation des sociétés qui s’étaient forgés aucours de l’histoire. Ils ont entraîné la ruine des repères intellectuels, moraux et politiquestraditionnels, ont affaibli les solidarités construites au fil des siècles. Les valeurs, les systèmes depensée et les régulations sociales et politiques n’ont pas suivi au même rythme. Il est temps au21ème siècle de réduire ce décalage, de réaffirmer la primauté des fins sur les moyens.
C’est le principal message de l’Agenda. Il peut donc se résumer en une phrase : construire un socle éthique, des modèles de production et de vie, des régulations sociales et politiquescorrespondant à ce nouvel état du monde.L’Agenda ne se laisse pas découper en parties distinctes. Chaque question qu’il traite renvoie àtoutes les autres. Nous l’avons vérifié à l’Assemblée : chaque fois qu’on prétend approfondir unthème particulier on déborde sur les autres. C’est une difficulté quand il faut en exposersimplement le contenu. Mais c’est aussi une force. Les changements individuels sontindissociables des changements collectifs. L’organisation locale des sociétés ne peut se penserhors de leur insertion dans la société mondiale. L’Agenda du 21ème siècle, c’est l’émergenceprogressive, tâtonnante, d’un autre modèle , irréductible à ceux, libéral ou communiste,qui ont marqué le monde moderne. Il ne s’agira pas d’un changement de siècle mais d’unchangement d’ère. La plate-forme pour un Monde Responsable, Pluriel et Solidaire de 1993 enavait l’intuition. Les travaux de l’Assemblée Mondiale de Citoyens en apportent la démonstration.Le nouveau modèle est fondé sur la relation. Sur une planète petite, peuplée et fragile, lesinteractions entre les personnes, entre les sociétés, avec l’environnement sont constantes,nombreuses, intenses et s’établissent à toutes les échelles. Nous avions appris à juxtaposer, àdécouper, à séparer : les connaissances, les territoires, les niveaux de gouvernance, les questions ;l’économique et le social, l’individuel et le collectif, le scientifique et le culturel, le local et leglobal, les femmes et les hommes, le commerce et l’environnement, le public et le privé. Nous pensions que cet effort de séparation, de distinction, était le signe de l’intelligence et la conditionde l’efficacité. Il va falloir maintenant apprendre à relier.
Les valeurs qui s’imposent, sont celles de la relation et de la coopération, celles de la paix, de la modération et du partageplutôt que celles de la guerre, de l’exploit et de l’accumulation. Ces nouvelles priorités seretrouvent dans tous les domaines, l’éducation, la production, les échanges économiques etculturels, la gouvernance. L’interdépendance des parties de l’Agenda en est le reflet. Cetentrelacement permanent est le reflet du caractère systémique des changements à venir.
Comment faire du neuf avec du vieux ? Comment accoucher du 21ème siècle avec des systèmesde pensée dépassés, des vérités et des situations tenues pour acquises, des institutions forgées àune autre époque et pour une autre situation ? Cette question éternelle prend dans l’Agenda uneacuité particulière. S’il s’agit de changer le système d’éducation, qui éduquera les futurséducateurs ? Comment concevoir le futur modèle et comment organiser le passage du modèleactuel au modèle futur ? Par où commencer si tout se tient ? A ces questions apparemmentinsolubles, l’Assemblée apporte des réponses encourageantes, pragmatiques et parfoisdérangeantes.Des réponses encourageantes et pragmatiques parce que partout et dans tous les domaines desgermes de ce changement existent, même s’ils ne sont que partiels et locaux. La valeur ajoutée del’Assemblée est simplement de les relier, de les agencer, d’en faire apparaître la cohérenceprofonde. C’est cette mise en réseau – encore une fois la relation, encore une fois le rapport dulocal au global - , qui permet à chaque personne, chaque expérience de sortir de la marginalité, dese découvrir partie prenante d’une aventure collective. D’où aussi l’importance, maintes foissoulignée dans l’Agenda, de construire des réseaux internationaux.
Des réponses parfois dérangeantes parce qu’elles ne mettent pas en scène les affrontementsclassiques : droite contre gauche, Nord contre Sud, classe sociale contre classe sociale. Lesmutations, sans ignorer les conflits d’intérêt, résultent tout autant de changements de regards quede nouveaux rapports de force.L’Agenda émerge des contributions des uns et des autres. C’est l’œuvre de tous. Le changementse conçoit en marchant. Il associe la pensée et l’action. L’Agenda tire sa légitimitédémocratique de la convergence et de la cohérence des préoccupations et expériences venues detous les horizons. C’est un modèle ouvert, bricolé, évolutif, non un nouveau dogme.L’éthique est le premier domaine de convergence, le socle de l’Agenda. Tous les ateliers"collégiaux" de l’Assemblée sans exception en ont parlé ainsi que la plupart des ateliersthématiques. Quatre valeurs, liées entre elles, sont plébiscitées : la responsabilité – à l’égard desautres, à l’égard de la planète - ; la capacité à prendre en compte à la fois l’unité et la diversité dumonde ; la tolérance et le respect - c’est à dire la manière d’accepter l’autre dans son égalité etsa différence - ; la solidarité. Tout le reste en découle. La citoyenneté, par exemple, , autrethème très présent dans les propositions, est conçue comme un équilibre de droits et de devoirs,comme le résultat d’un comportement responsable.Ces valeurs n’ont de réalité qu’à travers des pratiques : la responsabilité n’existe que par descomportements responsables, la tolérance par des comportements tolérants, etc. C’est pourquoila diffusion de ce socle éthique ne peut être le fruit d’un discours moral mais doit résulterd’apprentissages sociaux. L’éducation à la citoyenneté, par exemple, ne peut se faire que parl’exemple, à travers la pratique de la citoyenneté dans les systèmes éducatifs. La démocratie n’estpas seulement, n’est pas avant tout un système politique. C’est d’abord un espace d’apprentissagede la responsabilité et du partenariat. C’est le comportement responsable qui fonde en dernier ressort la légitimité de l’exercice du pouvoir économique et politique, même si la légalité de cepouvoir vient du vote des actionnaires ou des électeurs.Le socle éthique fait le pont entre les comportements individuels et les normes sociales.
Le monde ne peut fonctionner que si désir individuel, prestige social et obligations juridiques etinstitutionnelles se renforcent mutuellement. Les stratégies de changement combinent larecherche individuelle de sens et la création de nouvelles normes sociales ; l’une ne va pas sansl’autre.L’image de socle éthique est à prendre au pied de la lettre : ce sur quoi se fonde tout le reste. Lacombinaison des valeurs entre elles forme la palette des conduites comme la palette infinie descouleurs se forme à partir d’un petit nombre de couleurs de base. Ce n’est pas une listejuxtaposée de préceptes moraux mais une vision du monde.La gestion de la biosphère et des ressources naturelles est un bon exemple de cette combinaisonet de cette vision. Elle est gouvernée par les deux principes de responsabilité et de solidarité : la responsabilité conduit à la protection et impose l’attention aux interrelations au sein desécosystèmes et avec les activités humaines ; la solidarité conduit au partage équitable de tout cequi n’existe pas en quantité infinie.L’éducation répond aux mêmes exigences. Elle appelle une réforme de contenu, pour deveniréducation à l’être, aux relations, à la complexité. Elle appelle aussi, au nom de l’équité, à unnouveau partage des savoirs. Ainsi se dessinent les deux faces indissociables du bienpublic : le fruit d’une responsabilité partagée ; ce à quoi chacun accède de façonéquitable. Protection de l’environnement et justice sociale doivent être les deux faces d’unemême monnaie.Responsabilité et solidarité créent les conditions du partenariat et du contrat. Lagouvernance, le droit, les régulations politiques, l’organisation des services publics constituent lecadre de la mise en œuvre des responsabilités de tous plutôt que l’assujettissement de chacun àdes normes au nom de l’intérêt public. D’où l’importance accordée au développement dedémarches citoyennes – exprimant la conscience individuelle et collective de la responsabilité – etaux moyens d’évaluer publiquement l’exercice réel des responsabilités. Les principes departenariat et de contrat social deviennent des références centrales. Les pouvoirs publics ont pourpremière responsabilité d’organiser ce partenariat et de s’y engager. Chaque milieuprofessionnel tire du contrat qui le lie au reste de la société la justification ultime de saliberté et de ses privilèges. Les systèmes publics d’information citoyenne jouent pour le respectdu contrat un rôle aussi important que la justice.La prise en compte des relations et la double exigence d’unité et diversité sont au cœurde la construction de la société mondiale à venir. Cela se vérifie dans tous les domaines.Qui dit relation dit en effet horizontalité, transversalité, enracinement, territoire, recherche decohérences. D’où l’insistance constante, dans l’Agenda, sur la place du local : dans l’éducation, lascience, les médias, l’organisation économique et sociale, la gestion des échanges, la préservationdes écosystèmes, la gouvernance. Au lieu de juxtaposer des lois universelles de la physique et del’économie ou des filières verticales de production et de distribution, il faut en organiser les liensdans un contexte et sur un territoire.Cohérence locale ne veut pas dire isolement, ne veut pas dire autarcie. Ce n’est pas un retour enarrière. C’est, au contraire, une marche en avant vers un nouveau degré d’intégration desconnaissances et des activités, vers une capacité nouvelle à associer diversité et unité, autonomieet solidarité.
Car les différents territoires, les différents contextes locaux sont interdépendants jusqu’au niveau mondial.Il n’y a plus d’un côté les problèmes locaux et del’autre les problèmes mondiaux. Tout est local, tout est mondial.Un concept commun, presqu’un mot d’ordre, guide la recherche de formes nouvelles de culture,d’organisation sociale, d’économie et de gouvernance. C’est le concept de "subsidiaritéactive". "Subsidiarité" parce que priorité est donnée aux approches locales ;"subsidiarité active" parce que cette priorité s’exerce à tout moment dans le respect desinterdépendances.Né dans le champ de la gouvernance pour décrire une nouvelle philosophie politique, ce concepts’applique également à l’économie et à la société pour inventer de nouvelles formes de relationsentre diversité et unité, entre local et mondial. Il s’agit, dans tous les domaines, d’utiliser toutes lesressources de l’intelligence et de la technique pour inventer de meilleures manières d’obtenirsimultanément plus d’unité et plus de diversité ; d’associer ces deux termes au lieu de les opposer.La structuration de la société mondiale en réseau est une des dimensions majeures dunouveau lien entre local et mondial, un des symboles de la relation renouvelée entre unité -l’organisation mondiale du réseau – et la diversité – l’autonomie et l’environnement local de sesmembres. Chaque atelier collégial et la plupart des ateliers thématiques ont fait de cette mise enréseau des expériences, des personnes, des ressources et des institutions une priorité. Pourtransformer les expériences de chacun en connaissance partagée. Pour sortir de la marginalité etde l’impuissance. Pour entrer en partenariat au sein d’un milieu, entre milieux, avec les pouvoirspublics. Pour définir un nouveau partage des rôles dans la production et la gestion des bienspublics. Partenariat et partage des rôles ne retirent rien aux responsabilités politiques. Ils enproposent simplement un autre usage.
Face au mouvement de marchandisation et de privatisation et sur une scène internationale encore dominée par les relations entre Etats, il est fondamental et urgent d’organiser un espace publicmondial. Seule une organisation en réseau, facilitée par Internet, permet d’en faire naître lesacteurs. Il n’y aura pas d’organisation politique mondiale sans qu’une communautémondiale ne s’institue au préalable. Aventure inouïe où l’organisation de la société précède etpréfigure celle de ses institutions politiques. Les dynamiques instituantes sont essentielles.La construction de la communauté politique, en particulier à l’échelle mondiale, demeure lagrande aventure du 21ème siècle. La plupart des propositions émises à l’Assemblée Mondialedans le cadre de l’Alliance sont, en dernier ressort, relatives à la gouvernance, du local aumondial. Les liens entre les niveaux de gouvernance sont si forts que chaque fois qu’un atelier del’Assemblée Mondiale a cherché à traiter un des niveaux, quel qu’il soit, territoire locale, Etat ougouvernance mondiale, il a été amené à évoquer simultanément les autres niveaux. L’approchelocale est un moyen privilégié d’accès à l’universel. La réforme de l’ Etat passe par uneredéfinition des relations entre les Etats et les territoires locaux d’un côté, les régions du mondeet la planète de l’autre. Enfin, une gouvernance mondiale ne peut se concevoir sans relier lesapproches locales des problèmes et sans dépasser la conception actuelle de la souveraineté desEtats. En outre, les débats de l’Assemblée Mondiale permettent de vérifier que les questionssoulevées à propos de la gouvernance sont les mêmes à toutes les échelles. Ces questions peuventse regrouper en quatre grands chapitres : • créer des conditions d’une gouvernance légitime, démocratique et efficace ; • permettre la structuration internationale des acteurs sociaux et organiser les partenariatentre eux ; • protéger des droits et des intérêts des groupes sociaux ou des pays les plus faibles;
• échapper à la domination exclusive des rapports marchands et créer des régulations quiprennent en charge les défis de la société du 21ème siècle, en particulier la gestionsimultanée des problèmes sociaux et des problèmes environnementaux.Ces quatre dimensions regroupent chacune un ensemble de principes qui constituent le cahierdes charges de la gouvernance de demain.L’art de relier entre eux, les acteurs et les problèmes est la condition première del’efficacité des futurs systèmes de gouvernance. De nouvelles formes de coordination entreautorités locales, nationales et internationales (relier les niveaux), de nouvelles méthodes de coproduction.

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire